Publicado en línea el Domingo 27 de noviembre de 2016

Discours prononcé par El Comandante en Jefe Fidel Castro Ruz, Premier Secrétaire du Comité Central du Parti Communiste de Cuba et Président du Conseil d’Etat et des Ministres, à la Faculté de Droit, Buenos Aires, Argentine, 26 mai 2003. « Année des glorieux anniversaires de Martí et du Moncada ».

Chers frères étudiants, travailleurs et, j’ai envie de dire, compatriotes argentins (applaudissements)...

J’ai déjà vécu un certain nombre d’années, mais jamais je n’ai pu même imaginer une réception aussi improbable et aussi incroyablement émouvante que celle-ci (applaudissements et exclamations)...

Je veux vous dire qu’à cet instant même des millions de Cubains peuvent voir probablement ce qui se passe sur cette place. (applaudissements et exclamations : « Cuba » ! Cuba ! Cuba ! Le peuple te salue ! »). Au nom de notre peuple je vous remercie infiniment parce que c’est la force que donnent les idées, que donne la vérité et que donne une cause juste qui rend les peuples invincibles. (applaudissements)...

Nous avions imaginé une réception, ou plutôt, ils avaient imaginé une réception, d’après ce que m’ont expliqué les étudiants et les autorités responsables de cette Université, une intervention, une prise de parole, dans cette Faculté de Droit, un programme modeste. Cette réception devait commencer à 19 heures et seulement quelques étudiants devaient y assister, assis dans une salle et, si l’assistance s’avérait être plus nombreuse, ils avaient prévu un écran géant dans une pièce adjacente pour que tous puissent suivre la cérémonie.

Je serais en droit d’adresser une critique - non pas à vous - mais à mes camarades - et leur dire : « Vous sous-estimez le peuple argentin » (applaudissements)... On nous a fait savoir que la salle prévue était pleine, que le nombre des présents était le double du nombre des places assises disponibles et que, dans les travées, il n’y avait plus une place et que le couloir était bondé et puis que l’escalier d’accès se remplissait et puis on nous a dit que les personnes présentes étaient 1 000, puis 2 000, puis 3 000 et puis, à un moment donné, les chaînes de le télévision aussi ont diffusé des informations et ont expliqué ce qui se passait ici et, tout à coup, j’ai vu quelques images - nous avons un certain entraînement pour estimer le nombre de personnes présentes dans un rassemblement - et ce que je voyais ressemblait à la Place de la Révolution à Cuba (applaudissements)...

Toutes les communications et voies d’accès étaient obstruées. Heureusement il existe ces petits appareils qui nous dérangent si souvent et qui font tant de bruit - je veux parler des téléphones portables - mais dans des circonstances comme celles-ci, ils sont bien utiles pour communiquer et connaître la situation.

Notre ambassadeur (qui fait partie du groupe des coupables de la sous-estimation) (rires)... - je sais que vous allez le défendre parce qu’il éprouve une grande tendresse envers le peuple argentin (exclamations) - était en communication avec sa famille présente dans la salle de la faculté où devait avoir lieu la réception - il y avait même des enfants, là-bas, ils croyaient que cette réception allait être la plus pacifique des réceptions et c’est ce qu’elle est, n’est-il pas vrai ? - notre ambassadeur n’imaginait pas combien une foule est capable de s’organiser elle-même, mais il ne pouvait bouger, tout le monde était isolé, coupé des autres, relié seulement grâce aux téléphones portables. Il n’y avait aucune entrée possible ; on nous avait déjà affirmé qu’il était impossible d’entrer, mais moi je ne me résignais pas à l’idée de ne pas tenir mon engagement ; je ne me résignais pas à l’idée qu’à cause de circonstances matérielles, à cause d’une foule trop compacte, je ne pourrais pas avoir l’honneur et la fierté de vous saluer.

On avait déclaré que c’était devenu impossible et j’ai réellement insisté et j’ai dit que rien n’est impossible, (applaudissements)..., que c’était un problème qu’il fallait résoudre que je ne pouvais pas me résigner à l’idée de rester là-bas, à attendre des nouvelles. Toute ma vie j’ai eu pour conduite de bouger, d’aller là où une difficulté se présente et je ne pouvais pas me faire à l’idée de prendre cet avion, quelle que fût l’heure à laquelle je devrais le prendre, sans venir dans cette université.

Bien entendu je ne suis qu’un hôte et la première chose que je dois faire c’est respecter le règlement, l’ordre ; je n’ai absolument pas le droit de faire quoi que ce soit qui viole dans le plus infime détail un règlement, une norme ou une disposition de vos autorités universitaires.

Il faut dire que les autorités ont réellement coopéré totalement dans la volonté de trouver une solution. Depuis l’Ecole de Droit on continuait de nous informer et on nous disait : « Personne ne bouge de la salle ». La foule s’entassait encore un peu plus sur les bas-côtés ; et puis, à un moment donné, quelque chose s’est brisé quelque part - je crois que nous allons devoir assumer, que nous allons devoir partager ou payer nous-mêmes les dommages qui pourraient découler d’une fenêtre brisée, d’une brèche ouverte par cette troupe patriotique et révolutionnaire d’Argentins. (applaudissements)...

Alors nous avons fait appel à un jeune cadre de notre délégation, le Ministre des Affaires Etrangères que vous avez vu et qui vous a parlé et je lui ai dit : « Il faut que tu ailles là-bas, entre par où tu pourras, parle à ceux qui sont dans cette salle et explique-leur la situation réelle, objective, et fais en sorte, comme tu voudras, que la cérémonie ne se déroule pas là-bas » parce qu’il y avait une crainte réellement justifiée que si la cérémonie se déroulait dans cette salle-là, alors que les écrans se trouvaient à l’extérieur, certains qui avaient accepté de sortir ne fussent tentés de revenir dans la salle ; il fallait exposer qu’il était indispensable de se déplacer vers l’esplanade et de célébrer la cérémonie sur cette esplanade.

Nous avons attendu avec impatience, nous avons parlé avec notre émissaire par un double canal, par la télévision parce que certaines chaînes diffusaient ses paroles et même grâce à un portable et nous l’avons vu essayer de convaincre ceux qui se trouvaient dans la salle de se déplacer vers l’extérieur, vers cette esplanade ou nous nous trouvons.

Une fois encore la preuve est faite de la capacité des peuples de comprendre, de coopérer, de réagir, parce que quelques minutes plus tard il m’annonce : « Ça y est, ils commencent à se diriger vers l’esplanade ».

Mais il y avait une autre difficulté à vaincre, c’étaient les caméras de télévision et les micros. (exclamations)... Ecoutez, ne vous battez pas contre les caméras, maintenant, laissez ça pour demain, si vous voulez (on lui dit quelques mots) Je sais je sais, mais non, moi j’ai écouté ; réellement on s’efforçait de rendre compte de se qui se passait ici, alors je ne me plains pas ; mais il fallait les installer ou bien, alors, vous auriez été les seuls à savoir ce qui se disait ici.

Par exemple, notre peuple, sans les caméras, sans les moyens techniques, il ne serait pas en train d’assister aux événements qui se déroulent ici, et c’est ça qui prenait un temps infini. Vous savez ce que c’est une heure d’impatience ? Vous et nous, nous avons connu cette longue, cette interminable, cette heure d’impatience qui n’en finit pas, parce qu’il fallait mettre en place tout ça, les micros et les haut-parleurs, le matériel et les installations pour la presse parce que tout avait été préparé pour la cérémonie prévue dans l’autre salle et, il faut dire la vérité, le temps qu’il leur a fallu pour tout préparer, c’est un record de rapidité.

Nous voulions savoir, il était 20H 40 et on nous a dit : « Ça y est, tout est prêt ; ce qu’il faut c’est que vous veniez vite, parce qu’il va faire froid », mais pas un froid tel que votre chaleur à vous tous ne puisse pas compenser. (Applaudissements)...

Bon, on m’a mis ça sur le dos et je n’en ai pas vraiment besoin ; je vais m’en défaire parce que j’ai honte de me mettre, ici, au milieu de vous, quelque chose sur le dos (il enlève son manteau)...

Nous nous sommes dirigés rapidement vers l’esplanade pour arriver plus ou moins à l’heure prévue ; mais c’est un véritable miracle cette prouesse d’organisation dont la masse s’est acquittée (Applaudissements)... Je n’oublierai jamais ce que vous tous avez fait cette nuit et nous allons quitter ce pays pleins de reconnaissance et pleinement heureux.

D’aucuns peuvent se demander, si éventuellement c’est notre vanité pour l’immense honneur que vous nous avez fait. Non, ce n’est pas ce que je pense. Quand je parle de reconnaissance éternelle c’est parce que les habitants de Buenos Aires envoient un message à ceux qui rêvent de bombarder notre pays, nos villes (Applaudissements et cris de : « Cuba, Cuba, Cuba, le peuple te salue ! Bush, fasciste, c’est toi le terroriste ! ») ... , Pour ceux qui rêvent de détruire et pas seulement la Révolution, de détruire le peuple qui fut porteur de cette révolution et fut capable de résister à plus de 40 ans de blocus, d’agressions et de menaces contre notre pays (Applaudissements) ...

Dans des circonstances comme celles-ci on ne peut pas seulement compter le nombre des enfants morts ou celui des mères mortes ou des vieillards morts ou des jeunes et des adultes morts. Il y a des situations où les survivants qui restent sont à ce point mutilés, à ce point en charpie, que chacun se demande si, dans un tel état, ils ne préfèreraient pas cent fois plus mourir que de continuer à vivre dans un tel état, un état qui est la conséquence de quelque chose qui a été fait sans aucune raison d’aucune sorte, ni loi ni justification, en violation des lois internationales, en violation des lois qui, nous le pensions, gouvernaient le monde, même si nous étions nombreux à soupçonner que ce monde-ci est un monde où ce qui est le moins respecté c’est la loi et où ce qui est en train de se mettre en place c’est le droit du plus fort comme unique justification pour commettre n’importe quel genre de crimes, pour soumettre nos peuples, pour conquérir nos ressources naturelles, pour nous imposer ce que vous disiez, une tyrannie nazifasciste mondiale (huées)...

Ce n’est pas une exagération ni un écart excessif de langage de notre part puisque nous avons entendu un haut responsable déclarer que « 60 pays ou davantage pourraient être la cible d’attaques surprises et préventives » ; jamais personne, au cours de toute l’histoire, jamais aucun empire n’avait proféré une telle menace.

Quand ces personnes déclarent se préparer à lancer n’importe quelle sorte d’attaque dans n’importe quel coin obscur de la planète, je ne me souviens pas que l’on ait entendu prononcer de tels mots jamais auparavant.

Quand ils disent que n’importe quelles armes pourront être utilisées, aussi bien des armes nucléaires que des armes chimiques que des armes biologiques et ces armes super-sophistiquées qui n’ont plus rien de conventionnel parce qu’elles sont capables de causer n’importe quel gente de destruction, nous nous demandions ceci : Qu’est-ce qui donne le droit à qui que ce soit de menacer les peuples de cette façon ?

Je me demande aussi si, ici, dans cette assemblée, parce qu’il n’y a pas excessivement de lumière… il faut allumer beaucoup plus d’ampoules pour que ceci ne soit pas un « obscur coin du monde » susceptible d’être soumis, lui aussi, à une attaque surprise et préventive (applaudissements) ...

Mais cette place et ces escaliers qui sont là, devant nous, ne sont pas un « obscur coin du monde ». C’est un endroit plein de lumière, plein de millions de lumières. Cette place et ces escaliers, c’est comme un soleil, pareil à ce soleil qui brillait à notre arrivée et qui brillait ce matin quand nous nous sommes rendus devant la statue de Martí pour y déposer une gerbe de fleurs (applaudissements)... (dans le public, quelqu’un lui dit quelque chose)… effectivement, mais devant la statue de San Martín, c’était encore un peu plus tôt, mais le soleil était déjà très éclatant, et je me suis dit : Caramba ! Notre soleil à nous chauffe dur, il est surtout très chaud, et je pensais : ce soleil d’ici n’est pas aussi chaud, c’est-à-dire que le climat est plus froid, mais ce soleil est super resplendissant.

On voyait que le soleil avait une grande force, parce qu’ici il y a deux soleils en ce moment : le soleil que nous avons vu ce matin, celui que nous avons vu à notre arrivée dans ce pays et celui que nous voyons ici, sur cette place. Ce sont les idées, ce sont les idées qui illuminent le monde, (applaudissements)... ce sont les idées et, quand je parle d’idées, je ne conçois que les idées justes, celles qui peuvent apporter la paix au monde et qui peuvent apporter une solution aux graves dangers de guerre ou celles qui peuvent trouver une solution à la violence. C’est pour cette raison que nous parlons de la bataille des idées.

Je pense - parce que je suis optimiste - que ce monde-ci peut se sauver malgré les erreurs commises, malgré les puissances immenses et unilatérales qui sont apparues parce que je crois à la prééminence des idées sur la force (applaudissements et exclamations)... et c’est ça que nous sommes en train de voir ici.

Je n’avais pas l’intention, ce soir, de prononcer un discours, je me sentais plutôt le devoir d’être mesuré dans mes propos. Bien sûr, je pensais parler principalement de mon pays et du monde et c’est ce que je fais, mais je ne peux pas le faire sans vous voir, vous, ici présents, sans vous voir, vous qui assistez à cette rencontre.

Mon idée, aussi, puisqu’on m’avait fait rêver d’une salle tranquille ou tout le monde se serait retrouvé tranquillement assis, alors je me posais la question suivante : « Je dois leur parler de quoi aux Argentins ? » Prononcer un discours, où que ce soit, c’est toujours une question complexe, pas facile ; il faut éviter de dire un mot qui puisse blesser quelqu’un ou qui puisse être compris comme une ingérence - et je ne crois pas avoir dit un seul mot qui puisse être compris comme la plus petite ingérence dans les problèmes internes du pays hôte où je me trouve - mais, je me demandais : « De quoi dois-je leur parler ? » et je me posais la question suivante : les orateurs ont pour coutume d’imposer leur sujet à ceux qui les écoutent, ils pensent parler de ceci et encore de cela et, moi, j’avais une idée : ne décider d’aucun sujet, mais demander plutôt aux étudiants que je me représentais sagement assis devant moi de me dire quels sujets les intéressaient : posez-moi les questions qui vous intéressent, n’importe lesquelles, choisissez, vous, le sujet à ma place et que ce ne soit pas à moi de vous dire le sujet que je préfère. Cela me semblait plus démocratique et plus juste.

C’est ça que j’avais dans la tête avant ce tremblement de terre, ce raz-de marée, cet ouragan qui a eu lieu autour de cette Université à la tombée de la nuit. En venant ici, je me demandais si cette façon de faire serait encore possible et cela n’était effectivement plus possible. Cependant, je crois que quelqu’un, dans la foule, a dit… j’ai entendu que quelqu’un me disait : « Parlez-nous de… quelque chose ... (on lui dit du Che)... de la vie du Che » (applaudissements)...

Je ne peux pas vous en parler longuement ; ça n’aurait pas de sens dans la situation présente, mais je peux vous dire certaines choses. On m’a interrogé sur El Che (exclamations)... ; j’ai parlé de lui ce matin, devant la statue de San Martín, parce que je me souviens toujours de lui comme d’une des personnalités les plus extraordinaires qu’il m’a été donné de connaître.

El Che n’a pas rejoint notre groupe armé en tant que soldat ; il était médecin. Il se trouvait au Mexique par hasard ; auparavant il avait séjourné au Guatemala ; il avait traversé bien des pays d’Amérique Latine ; il avait connu les mines, là où le travail est excessivement dur ; il avait séjourné même en Amazonie, dans une léproserie, où il avait exercé comme médecin.

Mais je vais vous dire un des traits caractéristiques du Che et un de ceux que, moi, j’appréciais le plus, une qualité parmi les très nombreuses qualités que j’aimais beaucoup en lui : El Che, toutes les fins de semaine, essayait de gravir le Popocatépetl, un volcan qui se trouve près de la capitale, Mexico. Il préparait son matériel - cette montagne est très haute ; elle est recouverte de neiges éternelles - il commençait l’ascension, il faisait un énorme effort et il n’atteignait pas le sommet. L’asthme était un obstacle trop grand qui le faisait échouer dans ses tentatives. La semaine suivante, il essayait à nouveau de faire l’ascension du « Popo », comme il l’appelait, lui, et il échouait encore, mais il recommençait la semaine suivante et il essayait encore et il aurait passé toute sa vie à essayer de monter jusqu’au sommet du Popocatépetl même si, jamais, il n’arrivait jusqu’au sommet (applaudissements et exclamations).... Cela donne une idée de sa volonté, de sa force spirituelle, de sa constance, un des traits de dominants de sa personnalité.

Quel en était un autre ? L’autre c’était que, chaque fois qu’il le fallait, à l’époque où nous étions un tout petit nombre de combattants, chaque fois qu’il fallait un volontaire pour une tâche précise, celui qui, le premier, se portait toujours volontaire c’était El Che. (applaudissements)...

Il restait, en tant que médecin, avec les malades parce que dans certaines circonstances, dans la nature, dans les montagnes boisées, alors que l’armée était à nos trousses dans différents axes, c’était le groupe armé que nous pourrions appeler « principal » qui devait bouger, se déplacer, être mobile, laisser une trace bien visible pour que, dans une zone plus proche, le médecin pût rester auprès des blessés. Pendant un temps, le seul médecin de notre troupe c’était lui, jusqu’à ce que d’autres médecins nous rejoignent, eh bien, il restait avec ses malades.

Je peux me souvenir, puisque vous me demandez des anecdotes, d’une action qui s’avéra extrêmement risquée pour nous tous, simplement parce que nous avions reçu, là où nous nous trouvions, dans la montagne, l’information d’un débarquement ami qui avait eu lieu dans le nord de la province. Nous nous sommes souvenus de nos misères, de nos souffrances des premiers jours et, comme un acte de solidarité en faveur de ceux qui avaient débarqué, nous avons décidé de réaliser une action très audacieuse, qui ne s’imposait pas du point de vue militaire et c’était simplement d’attaquer une unité ennemie solidement retranchée sur la côte.

Je ne vais pas donner de plus amples détails. Comme résultat de ce combat qui avait duré trois heures et où nous avions eu beaucoup de chance parce que nous avions réussi à neutraliser leur moyens de liaison et, après trois heures, quand s’est terminée cette bataille dans laquelle, comme toujours, El Che avait eu une conduite remarquable, un tiers des combattants engagés étaient morts ou blessés, chose peu habituelle ; alors lui, en tant que médecin, il s’est occupé des ennemis blessés - il y avait des ennemis en vie et pas blessés, mais il y avait un nombre élevé de blessés et il les a soignés - et il s’est occupé de nos camarades blessés. (applaudissements)...

Vous ne pouvez pas vous faire une idée de la sensibilité de cet Argentin (applaudissements)... et il y a un souvenir qui me revient : il y avait un camarade qui avait une blessure mortelle et El Che le savait ; à ce moment-là nous devions évacuer les lieux très vite parce que très rapidement, après chaque combat, et on ne pouvait jamais prévoir quand, les avions surgissaient ; par miracle, pendant ce combat-là, ils ne s’étaient pas montrés mais, en règle générale, c’était la première chose qui se montrait au bout de 20 minutes, mais je crois que nous avions eu la chance de mettre hors d’état leurs moyens de transmission avec quelques tirs qui avaient fait mouche. Nous avions pu disposer de ce délai, mais il fallait vite soigner les blessés et quitter les lieux très vite. Et je ne peux pas oublier, c’est lui qui me l’a raconté, quand un camarade qui allait mourir inexorablement… il était intransportable ; il y a des blessés très graves que vous ne pouvez pas évacuer. Vous êtes obligés de les laisser sur place, de faire confiance à l’adversaire puisque vous avez, vous, soigné les adversaires blessés, puisque vous avez fait un certain nombre de prisonniers, des prisonniers que nous, nous respections toujours, jamais il n’y a eu un seul cas d’un homme fait prisonnier au cours d’un engagement et que nous aurions maltraité ou exécuté ; (applaudissements)... nous leurs remettions même une partie de nos propres médicaments alors que nous en avions très peu.

Cette politique, très sincèrement, nous a beaucoup aidés à gagner la guerre parce que vous devez, quelle que soit la lutte, respecter l’adversaire, (applaudissements)... quel que soit le combat - je le répète - d’une façon ou d’une autre, le comportement de ceux qui défendent une cause juste doit viser à gagner le respect de l’adversaire.

A cette occasion-là nous avons dû laisser un certain nombre de camarades blessés qui ne pouvaient pas être évacués et certaines étaient très gravement touchés : mais ce qui m’a beaucoup impressionné c’est quand El Che m’a raconté, avec douleur, le souvenir de ce moment où lui savait que ce camarade n’avait aucun espoir de survivre et il s’était incliné et il lui avait donné un baiser sur le front à ce camarade blessé et qu’il savait condamné. (applaudissements)...

Ce sont quelques détails que je vous raconte du Che en tant qu’homme, en tant qu’être humain extraordinaire.

C’était, en plus, un homme d’une très grande culture, c’était un homme d’une très grande intelligence ; j’ai déjà parlé de sa détermination, de sa volonté. Quelle que fût la tâche qu’il lui était confiée, après la victoire de la Révolution, il était capable de l’accepter. Il a été directeur de la Banque Nationale de Cuba où il nous fallait un révolutionnaire à ce moment-là, et à tout autre moment aussi, bien entendu ; mais la révolution venait de triompher et les ressources sur lesquelles elle pouvait compter étaient bien maigres parce que les devises que cette banque possédait, Batista les avait volées et emportées.

Les ennemis racontaient des blagues sur nous, toujours ils racontent des blagues, nous aussi nous en racontions, mais la blague (qui avait aussi une pointe politique) se rapportait au fait qu’un jour j’avais dit : il nous faut un économiste. Mais on avait mal entendu mon propos et ils ont pensé que j’avais dit : « Il nous faut un communiste » et alors ils disaient que c’était pour ça que El Che avait été choisi (applaudissements)... parce que être un excellent économiste dépend de l’idée que se fait celui qui dirige le front de l’économie du pays et celui qui dirige le front de la Banque Nationale de Cuba, donc avec son double caractère de communiste et d’économiste ; il n’avait pas obtenu un titre universitaire, mais il avait beaucoup lu et il était un observateur très attentif.

Che fut, dans notre pays, l’initiateur du travail volontaire parce que tous les dimanches il allait soit participer à des travaux agricoles, soit essayer une machine, soit travailler sur un chantier dans le bâtiment. Il nous a laissé en héritage cette pratique qui, avec son exemple, a conquis la sympathie ou l’adhésion ou la pratique de millions de nos compatriotes.

Il nous a laissé de très nombreux souvenirs et c’est pour ça que je dis que c’est un des hommes les plus nobles, les plus extraordinaires et les plus désintéressés que j’ai connu ce qui n’aurait pas grand intérêt si je ne croyais pas qu’il existe des millions et des millions et des millions d’hommes comme lui dans les peuples. (applaudissements)...

Les hommes qui se détachent de façon singulière ne pourraient rien faire si beaucoup de millions d’autres hommes, semblables à lui, n’avaient pas l’embryon ou n’avaient pas la capacité d’acquérir ces qualités-là. C’est pourquoi notre révolution s’est tellement souciée de lutter contre l’analphabétisme, de développer l’éducation. (applaudissements)...

Si j’ai dit il y a un instant que les idées sont plus fortes que les armes, l’éducation est l’instrument par excellence pour que cet être vivant qu’est l’homme, qui est puissamment gouverné par des instincts ou des lois naturelles, qui a évolué comme l’a prouvé Darwin et, aujourd’hui, personne ne le nie… je fais référence à la théorie de l’évolution… et je disais que personne ne la met en doute parce que je me souviens de ce moment où le pape, Jean Paul II, a déclaré que la théorie de l’évolution n’était pas incompatible avec la doctrine de la création, et, sincèrement, j’apprécie beaucoup de telles prises de positions parce qu’alors cesse d’exister une contradiction entre une théorie scientifique et une croyance religieuse. Mais cet homme-là peut être comme un animal apeuré au milieu de la jungle si on le place là, au milieu de la jungle. Il est doué d’intelligence, on sait combien pèse un cerveau humain et on sait, en outre, que l’homme est le seul être vivant dont le cerveau continue à grandir pendant deux ans et demi après sa naissance ; les étudiants savent cela. Et cela a une influence extraordinaire sur le développement de l’intelligence.

Un enfant qui ne sera pas nourri avec tous les éléments qui conviennent jusqu’à l’âge de deux ans et demi parvient à l’âge de six ans, l’âge de l’école primaire, pourvu d’une intelligence moindre par rapport aux enfants qui reçoivent l’alimentation qui convient. (applaudissements)... et je dois dire qu’une des choses les plus nécessaires, si nous voulons l’égalité, c’est, au moins le droit d’arriver à l’âge de six ans avec la capacité d’intelligence qu’on a à la naissance et nous savons que ceux qui - et, dans le monde, ils sont des centaines de millions - ne se nourrissent pas convenablement à cet âge-là arrivent à l’âge scolaire - et si seulement ils avaient des écoles, s’ils avaient des maîtres capables de les instruire… - avec moins de possibilités d’apprendre ; même si, parfois, il peut se faire qu’ils reçoivent une alimentation correcte au cours de leurs premières années et qu’ils se retrouvent par la suite et sans maitres et sans écoles. (applaudissements)...

Mais que se passe-t-il dans les régions les plus pauvres de notre planète qui se trouvent concentrées, pour l’essentiel, dans les pays du Tiers Monde auxquels appartiennent les quatre cinquièmes de l’humanité ? C’est dans ces régions que se concentrent les pauvres, les affamés, ceux qui ne peuvent atteindre ce niveau de capacité installée, non pas de capacité développée, ceux qui n’ont même pas d’écoles.

Si on vous dit qu’il y a 860 millions d’adultes analphabètes dans le monde, on vous explique aussitôt que presque 90% de ces 860 millions d’analphabètes vivent dans le Tiers Monde. Il faut ajouter que dans des pays très développés il y a des analphabètes ; chez ce grand voisin à côté de chez nous il y a des millions d’analphabètes fonctionnels. Et que personne ne prenne cela… (on entend des exclamations : un médecin ») Qu’est-ce qu’ils disent ?, que veulent-ils dire avec « un médecin » ? (quelqu’un lui dit quelque chose). Moi j’ai parlé de dizaines, en réalité ce sont des centaines… bon, non ; pas dans les pays développés ; je parle du Tiers Monde... (On lui dit que quelqu’un, dans la foule, demande un médecin, pour une personne dans le public)... Un médecin ? Y a-t-il un médecin ici ? Qui a besoin d’un médecin ? Eh bien, faites venir le camarade, vite. Nous vous envoyons un médecin ; il arrive tout de suite…

Je vous parlais- et je m’étends plus que je ne le voulais - de deux problèmes très importants qui sont inséparables l’un de l’autre, qui sont étroitement reliés, ils s’appellent éducation et santé. Bien, nous parlions d’un médecin argentin qui était devenu un soldat sans cesser d’être médecin pas un seul instant et c’est ce qui m’a amené à expliquer ces choses et après je vous disais que c’est l’éducation qui transforme le petit animal en être humain. N’oubliez pas cela, (applaudissements)... c’est l’éducation qui est capable de faire que l’homme dépasse ses instincts qu’il a hérités de la nature. Mieux encore, je dis même, j’ajoute, c’est l’éducation qui pourrait vider les prisons où se trouvent ceux qui n’ont pas reçu d’éducation, ceux qui n’ont pas pu se nourrir correctement. En effet, même dans notre pays, nous avons mis longtemps à découvrir qu’on a beau faire un tas de lois, qu’on a beau faire beaucoup d’écoles, qu’on a beau former beaucoup de maîtres, il y aura toujours, pour une raison ou une autre, encore beaucoup plus à faire pour l’éducation des hommes. Dans notre société, parce qu’il y a des centaines de milliers de professionnels universitaires et intellectuels, l’influence du noyau familial est décisive.

Quand vous vous rendez dans une prison et si vous enquêtez auprès des jeunes qui ont entre 20 et 30 ans et qui sont en prison, vous constatez qu’ils sont issus des couches les plus humbles et les plus pauvres de la population (applaudissements)... ils sont issus de ce que nous pourrions appeler les secteurs marginaux. Quand, inversement, vous cherchez la composition sociale des étudiants des écoles très recherchées et dans lesquelles on n’entre que sur dossier et avec des notes excellentes, c’est l’inverse : l’immense majorité sont des enfants de parents intellectuels ou artistes.

Notez bien que je ne parle pas d’une inférence de classe sociale selon le critère économique ; le problème de la construction d’une société nouvelle est beaucoup plus difficile que ce que l’on pourrait imaginer parce que le nombre de choses que l’on découvre en avançant est inimaginable. Vous avez commencé par lutter contre l’existence de 30% d’analphabètes et même de 90% si on additionne l’analphabétisme total et l’analphabétisme fonctionnel, et vous concentrez votre attention sur ces tâches et les années passent et alors vous creusez un peu plus l’étude de la société et alors vous découvrez l’influence de l’éducation.

Je peux vous dire que dans les secteurs les plus pauvres, dans les franges marginales, là où la dissolution du noyau familial est la plus fréquente, là où jusqu’à 19% des enfants ne vivent pas avec leur père ou leur mère mais sont élevés par un autre parent et quand ce même problème existe dans un foyer de parents intellectuels on n’observe pas le même impact sur l’enfant, même si le noyau familial a éclaté aussi. En général, l’enfant reste vivre avec son père ou sa mère, chez nous, habituellement c’est avec la mère et les femmes constituent, à Cuba, 65% de la force technique du pays (applaudissements)... c’est, comme je vous dis, un tout petit peu plus de 65%, et vous observez ces phénomènes. Qu’est-ce qui peut les expliquer sinon l’éducation ? Cela veut dire que le niveau de scolarité des parents, même après une Révolution, continue d’avoir une influence extraordinaire sur la destinée ultérieure des enfants.

Il peut bien arriver, dans certaines situations déterminées, que les enfants des milieux les plus modestes ou avec moins de connaissances, je ne parle pas de la situation économique du foyer, mais du niveau d’éducation du foyer… on trouve, dans les enquêtes, qu’elle tend à se perpétuer tout au long de dizaines d’années et on est en droit de se dire alors - comme nous nous le sommes dit - : ces personnes qui sont en train de faire ce travail ou bien qui nous aident de cette façon-là, leurs enfants à eux ne seront jamais directeurs d’entreprise ou bien n’occuperont pas des postes importants, ce qui les attend, en premier lieu, c’est la prison.

Nous avons étudié ce problème et aussi pas mal d’autres sur lesquels il n’est pas opportun que je m’étende. Je veux dire seulement que, sans une très profonde révolution dans l’éducation, l’injustice et l’inégalité continueront de prévaloir même par dessus des satisfactions des besoins matériels de tous les citoyens. (applaudissements)...
Dans notre pays, nous assurons à chaque enfant un litre de lait par jour jusqu’à l’âge de sept ans (applaudissements)... après cet âge et à cause de nos ressources insuffisantes, nous leur assurons un lait d’une autre composition puisque, heureusement, des moyens existent.

Aujourd’hui, ce lait, nous le fournissons à cet enfant à un prix inférieur à un cent de dollars (applaudissements)... avec un dollar que quelque habitant du Nord enverra à un ami, celui-ci peut acheter le lait de 104 jours. (applaudissements)...

Dans notre pays, le blocus nous a obligés à appliquer le rationnement, ce blocus qui dure depuis 44 ans (on entend des sifflets)... mais dans notre pays, vous ne trouverez pas un seul enfant sans école, pas un seul enfant n’est privé d’école.

Dans notre pays, même les enfants qui naissent avec un handicap mental - et c’est quelque chose que nous sommes en train d’étudier à fond -, nous voulons savoir quelles sont les causes qui provoquent les différents types de retard mental, léger, modéré, sévère ou profond, chacun avec ses caractéristiques ; heureusement, le nombre des cas d’handicap léger ou modéré est le plus élevé ; aujourd’hui, nous avons un dossier pour chaque cas et pas seulement pour les enfants, mais aussi pour les cent quarante mille et quelques personnes, de différents âges, qui ont un handicap mental. Tous les enfants qui ont un handicap physique ou mental, qui sont sourds, ou aveugles, ou sourds et muets, ou, pire, aveugles et sourd-muets en même temps.

Il y a des tragédies humaines sur lesquelles il faut enquêter pour bien les connaître. Et nous ne les connaissions pas depuis le premier jour. C’est avec l’expérience et en luttant pour l’éducation comme nous l’avons fait que nous avons découvert peu à peu ces choses. Ces enfants handicapés disposent d’écoles spéciales. Il y a 55 000 enfants inscrits dans ces écoles.

Nous avons posé qu’il ne suffit pas qu’un enfant fréquente une école spéciale entre le CP et la Troisième. Si un enfant ne peut pas intégrer un niveau supérieur après la Troisième, c’est à dire suivre le Second Cycle, ni entrer dans un collège technique, alors nous lui faisons finir son Premier Cycle, et peu importe s’il lui faut pour cela un an ou deux de plus, et il reçoit la formation pour le genre de travail dont il est capable et, en plus, il a un emploi assuré. (applaudissements)....

Nous ne devons pas sous-estimer les jeunes qui ont ce genre de difficultés ; ils ont des qualités dans bien des domaines et nous ne pouvons pas accepter de ne pas nous intéresser à eux parce que nous serions inconscients si nous nous contentions de leur enseigner seulement ce qu’on peut enseigner à ces enfants qui ont ce genre d’handicap, léger ou modéré dans la majorité des cas.

Nous nous occupons de tous, quel que soit le type de handicap dont ils sont victimes. Nous pouvons être satisfaits du fait que, en dépit de ce blocus qu’on nous impose depuis 44 ans, il n’y a pas, chez nous, un seul enfant ayant besoin d’un enseignement spécialisé et qui soit privé d’une place dans une école. (applaudissements)....

Je veux ajouter une donnée - et que personne ne considère cela comme un signe de vanité de la part de notre peuple, parce que ce que je dis au sujet de ce que nous avons fait pour l’éducation et la santé nous cause de la honte. En effet, à mesure que nous découvrons de nouvelles possibilités, nous sentons la honte de ne pas les avoir découvertes plus tôt. Que personne ne pense que Cuba se vante de son succès ; je peux vous affirmer quelque chose que nous-mêmes nous ne savions pas.

Nous faisions des comparaisons avec les statistiques de l’UNESCO et les enquêtes que cet organisme a menées sur les niveaux d’éducation et, dans notre pays, nos enfants du Cours Elémentaire 2 et du Cours Moyen ont des résultats en langue maternelle et en mathématiques qui sont deux fois meilleurs que les résultats obtenus par les enfants d’Amérique Latine et des Etats-Unis aussi , ne croyez pas que cela se limite à l’Amérique Latine…

Je sais que je me trouve dans un pays avec un niveau élevé d’éducation et de culture ; je sais comment est le peuple argentin et je sais quel est son savoir. Notre pays, aujourd’hui, atteint des niveaux plus élevés, mais l’Argentine se situe parmi les autres pays, quatre ou cinq, qui se rapprochent, bien qu’à un niveau relativement élevé, du niveau de notre pays ; mais ce qui a le plus attiré notre attention c’est de découvrir que nos enfants du primaire, en connaissance de la langue et en mathématiques, se situent au dessus des pays les plus développés du monde (applaudissements)... je veux dire que notre pays, aujourd’hui, occupe cette place et, pareillement, le taux de mortalité infantile dans notre pays se situe en dessous de sept pour 1 000 naissances au cours de la première année de vie - cette année passée, il a été de 6,5 ; l’année antérieure, il était de 6,2 - nous envisageons de le faire baisser encore. Nous ne savions même pas si, dans un pays tropical, ce taux pouvait baisser jusqu’à ce niveau, parce que beaucoup de facteurs interviennent : le climat, y compris le potentiel génétique de chaque population a une incidence, ces facteurs qui ne dépendent pas des moyens de l’assistance médicale, les facteurs nutritionnels, etc. Nous ne savions pas si nous pouvions passer en dessous de la barre de 10 et nous avons été terriblement encouragés quand nous y sommes parvenus.

Ne croyez pas que c’est à La Havane que nous obtenons les meilleurs taux ; il y a des provinces entières qui descendent même en dessous de 5 cas pour mille de mortalité chez les nourrissons et cet indice est plus ou moins régulier. Ce n’est pas comme chez notre voisin du Nord où, dans certains endroits, là où vivent ceux qui ont plus de ressources, de meilleurs soins médicaux et une meilleure alimentation, etc., etc., ils peuvent atteindre 4 ou 5 pour mille et puis dans d’autres endroits, comme dans la capitale même des Etats-Unis, là où vivent beaucoup d’Américains pauvres et où il y a beaucoup de groupes ethniques, les afro-américains, privés de soins médicaux suffisants, la mortalité peut être trois fois, quatre fois ou cinq fois plus élevée qu’ailleurs (applaudissements)... nous savons ce qui se passe avec les hispaniques et les afro-américains et avec ceux d’autres régions du monde, leur taux de mortalité infantile, leurs indice d’espérance de vie, leurs indices de santé, et nous savons aussi qu’il y a plus de 40 millions de Nord-Américains privés d’assurance maladie.

Quand je parle des Nord-Américains, je ne parle jamais avec haine parce que notre révolution n’a pas enseigné la haine. Elle se base sur des idées et non pas sur le fanatisme, non sur le chauvinisme (applaudissements et exclamations)... nous avons eu le privilège d’apprendre que nous somme tous frères et notre peuple s’éduque dans le sentiment de l’amitié et de la solidarité, ce que nous appelons les sentiments internationalistes. (applaudissements et exclamations)...

Des centaines de milliers de nos compatriotes sont passés par cette école et c’est pourquoi je peux dire que ce ne sera pas si facile de liquider la Révolution, que ce ne sera pas si facile d’écraser la volonté de ce peuple, à cause de ses idées, de ses conceptions et des sentiments qu’il a cultivés, parce que, tant les idées que les sentiments, ils faut les cultiver, c’est de cette vérité que nous partons ; et un peuple qui a atteint certains niveaux de connaissances, qui est capable de comprendre les problèmes, capable de s’unir et de discipline, il n’est pas si facile de le rayer de la surface de la Terre (applaudissements et exclamations)... et tant qu’il existera un seul Cubain ou une seule Cubaine en état de combattre, cet homme et cette femme combattront.

Cela fait bien des décennies que nous connaissons cet adversaire ; notre pays a été obligé d’apprendre à se défendre. Notre pays ne lance pas de bombes contre d’autres peuples et il n’envoie pas des milliers d’avions bombarder des villes ; notre peuple ne possède pas d’armes nucléaires ni des armes chimiques ni des armes bactériologiques (applaudissements et exclamations). Les dizaines de milliers de scientifiques et de médecins que compte notre pays ont été éduqués dans l’idée de sauver des vies (applaudissements)... ce serait une totale contradiction avec sa conception s’il plaçait un scientifique ou un médecin en demeure de produire des substances, des bactéries ou des virus capables de provoquer le mort d’autres êtres humains.

Les accusations comme quoi Cuba ferait des recherches sur des armes bactériologiques n’ont pourtant pas manqué. Dans notre pays, on fait de recherches pour soigner des maladies aussi terribles que la méningite méningococcique, l’hépatite, au moyen de vaccins produits avec des techniques d’ingénierie génétique ou bien quelque chose qui a une extrême importance, la recherche de vaccins ou de formule thérapeutiques au moyen de l’immunologie moléculaire - pardonnez-moi si j’ai employé ce mot technique, cela veut dire au moyen de méthodes qui attaquent directement les cellules malignes, - et les unes peuvent prévenir et d’autres peuvent tout aussi bien même guérir et nous avançons sur cette voie. Voilà l’orgueil de nos médecins et de nos centres de recherche.

Des dizaines de milliers de médecins cubains ont prêté leurs services internationalistes dans les endroits les plus reculés et inhospitaliers. Un jour j’ai dit que nous ne pouvions pas et que nous ne réaliserions jamais des attaques préventives et par surprise contre aucun « coin obscur du monde » ; mais que, par contre, notre pays était capable d’envoyer les médecins dont on a besoin dans « les endroits les plus obscurs du monde » (applaudissements et exclamations)... des médecins et pas des bombes, des médecins et pas des armes intelligentes, celles qui ne ratent pas leur cibles, parce que tout compte fait, une arme qui tue par traîtrise n’est absolument pas une arme intelligente. (applaudissements et exclamations : « Olé olé olé Fi-del, Fi-del ! »)...

Comme vous le voyez, les paroles que je vous adresse, à vous, étudiants, ont tourné autour de ces questions qui pour nous constituent la plus grande fierté de la Révolution. Il y en a qui affirment qu’à Cuba, la Révolution c’est très bien et qu’elle a très bien réussi dans le domaine de l’éducation - ils admettent au moins ça - dans le domaine de la santé - ils admettent ça aussi - et qu’en sport Cuba a un bon niveau de développement et je sais que vous aimez beaucoup le sport et ces olé ! olé ! que je viens d’entendre, je les ai entendus dans un certain sport (on entend des rires)... dans lequel vous avez été champions, et vous disputez cet honneur aux Brésiliens (exclamations : « Olé ! olé ! Fi-del ! Fi-del ! ») mais il faudra qu’ils disent, et ils ne vont pas tarder longtemps à le dire, que Cuba avance à un rythme accéléré sur le terrain de la culture et de l’art (applaudissements)... et nous ne visons pas seulement une culture artistique, mais nous voulons atteindre une culture générale intégrale.

Je peux vous communiquer quelques informations peu connues : dans notre pays, au cours des trois dernières années, ce n’est pas que les universités se sont multipliées ; au départ, il y n’y en avait qu’un tout petit nombre, une seule faculté de médecine, aujourd’hui, à Cuba, il ya 22 facultés de médecine et l’une d’elles s’appelle Ecole Latino-Américaine de Sciences Médicales (applaudissements)... où étudient environ 7 000 étudiants, venus de divers pays d’Amérique Latine et qui comptera bientôt 10 000 étudiants (applaudissements) et on sait qu’aux Etats-Unis les études universitaires, spécialement les études de médecine, coûtent au minimum 200 000 dollars (exclamations)... quand seront sortis de cette école qui fonctionne déjà depuis quelques années, 10 000 étudiants, rien que dans ce domaine de la médecine, notre pays aura fait don aux autres pays du Tiers Monde d’une coopération dont le montant peut être estimé à 2 milliards de dollars ; c’est la preuve que si un pays est guidé par des idées justes, même s’il est pauvre, très pauvre, il peut faire beaucoup (applaudissements)...

C’est ce pays qui est soumis à un blocus depuis 44 ans, c’est ce pays qui a été confronté à mille difficultés quand s’est effondré le bloc soviétique avec lequel nous faisions nos échanges commerciaux et avec lequel nous assurions nos approvisionnements, en achetant et en commerçant avec ces pays-là, c’est ce pays que l’impérialisme a voulu étrangler en resserrant encore plus ses mesures économiques avec les lois « Torricelli et Helms-Burton » (sifflets et huées)...

Il y a encore une loi criminelle que nous appelons la Loi assassine d’Ajustement Cubain, applicable seulement à un seul pays au monde : Cuba. Supposez que quelqu’un à qui on ne délivrerait jamais un visa à cause de telle ou telle condamnation figurant sur son casier judiciaire ou pour n’importe quelle autre raison, supposez qu’il arrive aux Etats-Unis sur un bateau qu’il a volé ou dont il s’est emparé par la force ou dans un avion qu’il a détourné ou par tout autre moyen, eh bien les Etats-Unis lui concèdent ipso facto le droit de résider sur le territoire des Etats-Unis et ils lui délivrent même un permis de travail dès le lendemain.

Rendez-vous compte : à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, environ 500 personnes meurent chaque année et elles meurent de mort horrible parce qu’ils ont proposé à ce pays - ou, plutôt, ils lui ont imposé, peu importe- un traité appelé TLC qui implique la libre circulation des marchandises et des capitaux, mais pas la libre circulation des êtres humains (applaudissements)... et alors qu’ils appliquent à notre pays cette loi d’Ajustement - que nous n’avons pas demandée pour les autres pays parce que c’est une loi assassine - mais, par contre, nous demandons, oui, que ces messieurs qui accusent tout le monde de violer les droits de l’homme - ce qu’ils ne peuvent faire en ce qui concerne Cuba que sur la base d’infâmes calomnies et de grossiers et ridicules mensonges - ils permettent la mort de centaines de Mexicains et de Latino-Américains là où chaque année meurent plus d’êtres humains que tous ceux qui ont péri pendant les 29 ans qu’a duré le mur de Berlin (applaudissements)... Du mur de Berlin j’en ai parlé des millions de fois ; mais nulle nouvelle, sinon très sporadiques, de ces Mexicains qui meurent tous les ans en essayant de traverser la frontière.

Maintenant, si vous êtes Latino-Américain, Asiatique ou citoyen de n’importe quel autre pays et si vous arrivez aux Etats-Unis illégalement, sans papiers, et si vous y restez ou si vous réussissez à y rester, on vous appelle réfugié, on vous appelle émigré. Mais si vous êtes Cubain, votre nom est déjà tout certifié : vous êtes un exilé. Aux Etats-Unis il n’y a pas d’émigrants cubains même si plus de 100 000 Cubains, tous les ans, viennent à Cuba rendre visite à leurs famille, mais ils ne sont pas des émigrés, ils sont des exilés ; c’est le mot qui a reçu le poinçon officiel en accord avec leurs perfides méthodes de semer la confusion et le mensonge.

Mais je peux vous assurer que si cette loi qu’ils nous appliquent à nous depuis 37 ans ils l’avaient appliquée aux Latino-Américains et aux Caribéens, à ces gens à qui ils veulent imposer un ALCA… (exclamations)... un ALCA ! si on avait appliqué envers eux ces dispositions-là - et, je le répète, nous ne le souhaitons pas parce que c’est une loi criminelle, elle concerne ceux qui arrivent sans papiers dans le pays - en réalité, je vous assure, aujourd’hui nous n’aurions pas 534 millions d’habitants entre l’Amérique Latine et les Caraïbes, vous pouvez en être sûrs, plus de la moitié de Nord-Américains seraient aujourd’hui d’origine latino-américaine ou des Caraïbes (applaudissements)... (quelqu’un dans le public lui dit quelque chose)... Il faut le dire, mais sans employer ce mot-là. Il est préférable que l’on tire cette conclusion plutôt que de le dire ; que l’on réfléchisse et conclue ce que sont les dirigeants de ce pays et non le peuple de ce pays, très souvent trompé.

Nous avons la preuve qu’en de très nombreuse occasions le peuple des Etats-Unis a soutenu de mauvaises causes ; mais pour qu’il soutienne une mauvaise cause d’abord il faut le tromper et pour cela ce sont des spécialistes et ils l’ont bien souvent été au cours de l’histoire, des spécialistes de la fraude. (applaudissements)... mais quand ce peuple connaît la vérité, souvenons-nous du Vietnam où le peuple nord-américain a joué un rôle décisif à la fin de la guerre du Vietnam parce que ses leaders, l’opinion internationale, votre opinion, l’opinion de tous les Latino-Américains, ce que nous pensons réellement, ça ne leur fait ni chaud ni froid ; ce qui les intéresse c’est ce que pensent les électeurs à l’intérieur des Etats-Unis parce que c’est là qu’ils votent. Il peut y avoir une fraude, une petite fraude ou une énorme fraude comme celle que nous avons vue lors des dernières élections « super-démocratiques » aux Etats-Unis (exclamations)... où le candidat de l’opposition a obtenu un demi-million de voix de plus que le candidat - ouvrons deux grands guillemets - « vainqueur ».

Tout le monde sait exactement - et aucun Nord-Américain ne le met en doute - ce qui est arrivé. Je veux dire que l’extrême droite, appuyée par la mafia terroriste cubano-usaméricaine, au moyen de la fraude, a volé la victoire à son adversaire. Je ne me risque pas à dire lequel était le plus démocrate ou le moins démocrate, je ne suis inscrit dans aucun des deux partis parce que, tout compte fait, on peut dire qu’aux Etats-Unis c’est le régime du parti unique (applaudissements) ... Certains vont dire : mais à Cuba, n’y a-t-il pas un seul parti ? Je dis : oui, mais notre Parti ne postule pas et n’élit pas. Les délégués des circonscriptions qui sont la base de notre système c’est le peuple qui les désigne en assemblée dans chaque circonscription (applaudissements)... ils ne peuvent pas être moins de 2 ni plus de 8 et presque 50% de ces délégués de circonscription qui constituent l’Assemblée Municipale dans chaque municipalité du pays, ceux-là mêmes que le peuple désigne et élit dans une élection dans laquelle ils doivent recueillir plus de 50% des voix, constituent l’Assemblée Nationale de Cuba qui compte un peu plus de 600 députés et qui est constituée presque à 50% par ces délégués de circonscription qui non seulement ont le rôle de constituer le Conseil Municipal, mais aussi le rôle de désigner les candidats pour les élections à l’Assemblée Provinciale et Nationale.

Je ne m’étends pas davantage, mais réellement j’aimerais qu’un jour on connaisse un peu plus le système électoral de Cuba parce que c’est ahurissant que depuis là-bas, depuis le nord, parfois, certains nous demandent quand va-t-il y avoir des élections à Cuba ?. La question c’est nous, les Cubains, qui pourrions la poser et leur demander : Pourquoi donc faut-il être super milliardaire pour parvenir à la présidence des Etats-Unis ? (exclamations)... ou bien, dites-moi, même si le candidat n’est pas nécessairement super-millionnaire, demandons-leur combien de milliards sont nécessaires au candidat pour être élu président et combien coûte chaque poste jusqu’au plus modeste poste municipal

Dans notre pays cela n’arrive pas et ne peut pas arriver. On ne recouvre pas les murs d’affiches, on n’utilise pas massivement la télévision avec des messages subliminaux - je crois qu’on les s’appelle ainsi - vous, les avocats… j’avais oublié que j’étais aussi avocat…, vous devez savoir cela (rires) ... quel rôle ont joué ces médias de masse, malheureusement, dans ce pays et dans beaucoup d’autres pays du monde ? Et je ne les attaque pas…

Je vous ai rappelé le cas qui prouvait que le peuple nord-américain, quand il sait la vérité, peut soutenir une cause juste ; c’est ce que démontre le cas de l’enfant Elián González, séquestré il y a trois ans et demi. Cet enfant est rentré à Cuba quand le peuple nord-américain a su la vérité et quand plus de 80% des Nord-Américains ont soutenu son retour. (applaudissements)... il est vrai que lors de la guerre du Vietnam, ils non pas seulement appris la vérité peu à peu ; il y avait un autre facteur important qui entrait en jeu : le retour des jeunes soldats morts qui avaient été envoyés là-bas à cause du service militaire. Dans l’affaire de l’enfant Elian, il n’y eut rien de cela, mais nous sommes parvenus à faire en sorte que le peuple apprenne la vérité parce que le défilé de 600 000 mères comme on l’a vu à La Havane c’est un spectacle jamais vu, et aussi le défilé de centaines de milliers d’enfants ou celui d’un million de personnes qui défilent devant l’Officine des Intérêts des Etats-Unis, à la Havane, ou celui de millions de personnes qui manifestent simultanément dans de nombreuses villes ou de grands rassemblements et ce sont des manifestations que les grandes chaînes de télévision ont retransmises dans le monde entier. Il y a eu des cérémonies comme celle au cours de laquelle nous avons commémoré le XXVº anniversaire de l’attentat perpétré contre un avion de ligne cubain détruit en plein vol par un terroriste et que 40 chaînes internationales ont diffusé.

Aujourd’hui il y a moyen de transmettre les messages ; il y a des satellites qui peuvent enregistrer un signal, il y a - et vous, les étudiants, vous savez ça mieux que quiconque - Internet qui peut permettre d’envoyer un message dans n’importe quel endroit du monde, même s’il n’est pas obscur, parce que réellement, en général, ceux qui ont Internet ont aussi de l’électricité et des moyens de communiquer ; mais nous ne devons pas sous-estimer ces couches intellectuelles qui sont des dizaines et des dizaines de millions dans le monde et qui ne constituent pas nécessairement une classe exploiteuse de nantis.

Il faut voir, souvenez-vous, là-bas, à Seattle, souvenez-vous du Québec, souvenez-vous des rassemblements partout dans le monde, ce sont des manifestations qui ont été réussies, grâce à Internet, par des gens cultivés et instruits et il y a beaucoup de choses qui menacent aujourd’hui la vie de notre planète, sans parler des guerres, les changements climatiques, la destruction de la couche d’ozone, le réchauffement de l’atmosphère, la pollution de l’atmosphère, des rivières, des mers, tout cela menace la vie de toute la planète et, sur ces problèmes-là, tous les peuples de la Terre ont une cause commune à défendre avec les Latino-Américains, les Nord-Américains et avec les Européens.

Les catastrophes se suivent. Aujourd’hui il ya des maladies qui n’existaient pas il y a 25 ou 30 ans. Le SIDA n’existait pas il y a 25 ans et les meilleurs laboratoires sont consacrés à la thérapeutique et non à la prévention, non aux vaccins parce qu’un traitement - c’est bien connu - qui se vend à 10 000 dollars par an et qu’il faut recommencer chaque année, ça rapporte davantage. Tout simplement, la médecine thérapeutique est plus rentable que la médecine préventive (applaudissements)... aujourd’hui est apparu le virus de la pneumonie atypique alors que personne ne s’y attendait ou celui de la fièvre du Nil qui est venue du nord-est des Etats-Unis, bien entendu transmise de quelque part ailleurs dans le monde, ou la fameuse dengue, dont on parle si souvent et qui a quatre formes différentes de virus et la combinaison de certaines avec d’autres provoque des maladies complexes comme la dengue hémorragique.

Je vous le dis au nom d’un pays qui a connu dans sa chair l’utilisation de virus et de bactéries pour attaquer son agriculture et même sa population. Je vous le dis et je n’exagère pas, - je manquerais de toute la pudeur du monde si je vous disais le plus petit mensonge. Nous, les Cubains, nous savons certaines choses et nous pouvons prouver ce que nous avançons quand nous parlons de ces problèmes. (applaudissements)... mais je vous disais qu’il existe des moyens de communiquer avec le monde qui nous rendent moins victimes ou moins dépendants des grands medias de communication de masse quels qu’ils soient parce qu’aujourd’hui, si nous nous tournons dans la bonne direction et si nous avons ce réseau d’Internet qui recouvre le monde, tous ceux qui ont un rêve, une aspiration, une cause qui les empêche de dormir quand ils pensent, fondamentalement, non pas à eux-mêmes, mais à leurs enfants, alors ils feront cause commune qu’ils vivent dans des pays sous-développés ou dans des pays riches parce que, en réalité, ce sont des problèmes nouveaux qu’ils doivent affronter.

Il faut méditer sur l’énorme quantité de problèmes nouveaux qui sont apparus dans le monde en dehors des menaces de guerre et de l’utilisation du recours à ces armes brutales et barbares à une étape de l’histoire où l’homme n’a pas encore démontré sa capacité de survivre et alors que l’humanité peut être détruite dix fois par une seule puissance sur la base de son monopole technologique et de son arsenal qui suffiraient pour écraser toutes les autres nations du monde.

Sur tous ces problèmes, un nombre croissant de millions de gens est en train d’apprendre et dans les écoles et dans les centres universitaires où l’on acquiert la culture qui permet de comprendre ce qu’est le monde d’aujourd’hui et la nature du Fond Monétaire International et la nature de la Banque Mondiale et ce que ça signifie une dette de 800 milliards de dollars en Amérique Latine (applaudissements)...

A l’époque où j’avais eu l’honneur, inoubliable pour moi, de visiter Buenos Aires pour la première fois, bonheur surtout aujourd’hui, quand je reviens, même si je n’ai jamais oublié cette première visite, la dette de l’Amérique Latine était de 5 milliards de dollars ; aujourd’hui elle est 160 fois plus élevée. Avant, les budgets servaient à financer, plus ou moins, des hôpitaux, des écoles ; les Argentins le savent bien parce que ça fait longtemps que nous entendons parler de l’Argentine ; nous savons les niveaux qu’y avaient atteint l’éducation, le système de santé et d’autres institutions. Mais permettez-moi de ne pas parler de votre cas concret ; j’y fais allusion parce que réellement, vous, les Argentins, vous avez atteint un haut niveau, c’est bien connu, comme il est bien connu qu’il y a, en Argentine, deux têtes de bétail bovin par habitant - et je ne parle du reste - les niveaux atteints dans les domaines sociaux sont très élevés en Argentine.

Mais le monde dans lequel nous vivons, je le répète, est très différent. Il ya beaucoup de problèmes que les grands penseurs politiques et sociaux ne pouvaient pas, à si longue distance, prévoir même si leurs connaissances furent décisives pour faire de nous des personnes avec des idées révolutionnaires. Il ne faut pas oublier ce fait.

Dans notre pays, nous avons commencé par les universités ; il y a eu une époque où on n’enseignait pas l’informatique dans les universités, et nous avons avancé pas à pas. Par la suite, nous avons créé 170 « Joven Club d’Informatique » et, il n’y a pas très longtemps, ces 170 clubs sont devenus 300 avec deux fois plus d’ordinateurs ; mais l’essentiel c’est qu’aujourd’hui, dans notre pays, cent pour cent des enfants, depuis l’école maternelle jusqu’à l’université, disposent d’une salle d’informatique et nous avons découvert les possibilités énormes que cela offre (applaudissements)... et nous abordons l’étape massive et nous travaillons intensément sur d’autres projets dont nous ne parlons pas beaucoup, mais nous sommes en train de former des programmeurs par dizaines de milliers.

A ceux qui racontent que Cuba a progressé dans ce domaine et dans cet autre, les choses dont je vous parlais et la culture, à ces gens nous pouvons leur dire qu’aujourd’hui, dans notre pays, les universités poussent dans les municipalités à partir du moment où 800 000 citoyens cubains sont diplômés de l’université ou intellectuels (applaudissements)... de sorte qu’aujourd’hui il y a deux diplômés de l’enseignement supérieur pour un élève de 6º de l’époque où la révolution a triomphé (applaudissements) Nous sommes en train de développer une société où les connaissances et la culture s’étendent massivement et où on va réaliser le rêve de répandre massivement ces connaissances et cette culture ; (applaudissements) la répandre massivement dans une centrale sucrière, dans une commune, parce que là se trouvent assez d’économistes si on a besoin de quelqu’un pour enseigner l’économie dans un de ces centres que nous développons ou des cours de n’importe quelle discipline en sciences humaines ou des cours dans les disciplines techniques comme le génie mécanique et autres ; le cas de la médecine pourrait faire exception parce que les Facultés de Médecine se trouvent à côté des hôpitaux et, à partir de la troisième année, un contact étroit avec la pratique est indispensable. (applaudissements)...

Pourquoi se sont-elles répandu à cette vitesse ? Parce que, en cherchant avec précision à comprendre les causes de certains problèmes, nous avons vu qu’il y avait un nombre élevé de jeunes, entre 17 et 30 ans, qui avaient atteint le niveau de la troisième et qui n’étudiaient pas et ne travaillaient pas. Alors nous avons cherché les raisons ; nous avons parlé avec certains d’entre eux et puis nous avons ouvert les écoles qui s’appellent Ecoles pour Jeunes pour le Développement d’une Culture Générale Intégrale. La première année, 85 000 jeunes s’y sont inscrits et déjà, au cours de la seconde année, celle-ci, il y a 110 000 élèves inscrits (applaudissements)... Qu’avons-nous fait, qu’avons-nous utilisé ? Dans toutes les communes et dans toutes les centrales sucrières, par exemple, il y avait des écoles secondaires de base et quelques fois techniques, de niveau premier cycle ou second cycle, des externats, des écoles qui finissent les cours à 16h30 et toutes avaient leurs laboratoires d’informatique et leurs salles audiovisuelles et, alors, de 17 H à 20 H, les cours commençaient dans ces mêmes installations pour ces Cours de Formation Intégrale pour Jeunes avec de nouveaux professeurs ou avec les mêmes professeurs ou avec des professeurs qui avaient pris leur retraite et qui, avec l’aide de ces nouveaux moyens, peuvent faire des miracles, je vous assure.

De cette façon, désormais, à ces jeunes, nous leur versons une rémunération parce qu’ils étudient. (applaudissements)... C’est avec cette expérience que nous avons créé l’emploi d’étudiant.

Très souvent on ne pense pas que, même s’il est pauvre, un homme vit dans un logement,


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