Publicado en línea el Martes 31 de enero de 2017

Par Fernando Daddario

Que Donald Trump soit le président des États-Unis véhicule, en principe, une mauvaise et une bonne nouvelle pour le gouvernement (ce qui implique, automatiquement, une bonne et une mauvaise nouvelle pour l’Argentine). La mauvaise nouvelle pour le gouvernement est évidente : la construction culturelle de sa prétendue « insertion dans le monde globalisé » qui dépasserait « douze ans d’isolement », s’écroule comme un château de cartes. Si Trump concrétise dans les faits son enthousiasme verbal pour l’isolement, la propagande macriste qui invitait à marcher, naturellement, vers le « capitalisme moderne », où les marchandises couleraient à flot avec liberté et bonheur, sans obstacles populistes, se trouve hors-jeu.

Un regard superstitieux alléguerait que ce gouvernement n’a pas de chance. Que des gnomes lui jouent des tours. Il n’avait pas encore fini d’assimiler un Pape péroniste quand lui est apparu un Trump qui menace de décourager des affaires déjà négociées avec la favorite Hillary. Une insolence insupportable, presque en plein autel, qui ignore des années de travail fin, de relations charnelles en dessous de la table, d’affaires partagées avec les vautours et avec des visites plus qu’amicales à l’Ambassade. Jusqu’à présent, la réaction de la meilleure équipe des 50 dernières années a été de ratifier la direction économique. Réflexe qui mène à penser qu’il faudrait ajouter une bonne dose d’inexpérience dogmatique à la quotité de malchance. Le gouvernement devrait s’en remettre à un exemple de l’histoire récente : Carlos Menem – aussi sans scrupule comme les leaders de Cambiemos, mais plus rusé et pragmatique – était un chef populiste et tiers-mondiste sur qui un jour est tombé le Mur de Berlin. Sans prurits idéologiques, le riojan s’est raccroché comme wagon de queue au Consensus de Washington et a livré le pays à la nouvelle vague globalisatrice.

La prévisible équipe économique de Macri, à qui ils vont construire un Mur économique, a encore le temps de créer la surprise et de donner un coup de barre. Il s’agirait de se pincer le nez et de surfer sur la nouvelle marée protectionniste, en encourageant la substitution des importations, le travail public et la consommation intérieure. Elle pourrait, également, accorder la priorité à son souci essentiel, en maintenant toutes les entreprises familiales. Des entreprises de construction aux supermarchés, a priori les volontaires ne manqueraient pas pour orienter de manière « keynésienne » leurs profits tout-terrains. Mais le gouvernement ne le fera pas. Les libéraux orthodoxes ne sont pas pragmatiques. Ils promettent de l’air frais pour l’économie. Ils disent être perméables et réceptifs face aux défis du XXIe siècle, mais idéologiquement ils ne bougent pas d’un millimètre du XIXe siècle, quand la division internationale du travail a été décidée : L’Argentine doit exporter des matières premières et importer tout le reste. Personne ne les sort de la. Ils meurent et tuent avec cette idée.

Avec tout cela, quelle serait la bonne nouvelle pour le gouvernement ? (c’est-à-dire, la mauvaise pour l’Argentine). S’il concrétise ce qu’il a promis et commence déjà à tenir parole, la gestion de Trump servira de miroir à la plus authentique « sincérité » macriste. Le président argentin, les fonctionnaires et ses communicateurs pourront se dépouiller certainement ainsi du récit « M » qu’il leur était difficile de soutenir plus de temps : la chimère selon laquelle Cambiemos incarne un modèle civilisé et cosmopolite, traversé par des pistes cyclables et des postures de relaxation new age. Maintenant cela n’est déjà plus nécessaire. Avec le petit coup de main involontaire de ce sauvage de Trump, la révolution de la joie a fini par devenir sérieuse et quelques expressions valises comme – dialogue, consensus, que vive l’amour– ont été remplacées par d’autres –ennemis, terroristes, délinquants étrangers –chargées du poids de notre histoire. Les libéraux argentins se sentent finalement libérés du joug démocratique – un collier inconfortable auquel ils réussissaient à échapper fréquemment, il faut le reconnaître – et désormais ils se montreront comme ils ont toujours été : des bourgeois avec peu de lumières qui, quand ils ont peur, font peur.

Fernando Daddario pour Página 12

Página 12. Buenos Aires, le 31 janvier 2017

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 31 janvier 2017

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