Publicado en línea el Martes 14 de abril de 2020, por Carlos Fazio *

Dans le cadre de l’offensive actuelle militaire « anti drogues » du Pentagone dans les eaux des Caraïbes et du couloir terrestre de la frontière poreuse colombienne-vénézuélienne, San Felipe, un hameau situé dans la municipalité de Machiques de Perijá, au nord-ouest de l’État de Zulia, pourrait devenir l’épicentre d’une opération sous « faux drapeau » ou « fausse bannière ».

Le 6 avril, le journal local La Voz de Michoacán [Voir PDF ci-joint] et le site numérique mexicain SinEmbargo.mx ont reproduit une enquête de InSight Crime , aux deux titres suggestifs : « Le Sinaloa vénézuélien : le narco est arrivé pour rester dans les limites avec la Colombie », explique le premier, et « on appelle déjà le village ‘Sinaloa’. Les pilotes vont et viennent. Il y a des fêtes et des narcocorridos . Les indices sont multiples ... », signale le second.

Dans leurs résumés respectifs, les deux médias décrivent le contenu de l’enquête : des trafiquants de drogue présumés du cartel de Sinaloa se seraient positionnés dans l’État de Zulia et seraient arrivés dans les fermes des producteurs agricoles offrant de grosses sommes d’argent pour leur permettre d’utiliser les pistes existantes ou permettre des espaces pour l’atterrissage et le décollage des narco-avions, selon les « témoignages » obtenus par InSight Crime sur le « territoire vénézuélien ».

Située au Venezuela, l’« enquête » de InSight Crime - un centre d’études basé à Washington DC parrainé par le spéculateur financier milliardaire George Soros - a été publiée une semaine seulement après que le ministère étasunien de la Justice accuse, de manière extraterritoriale, le président Nicolás Maduro et une dizaine de hauts responsables et anciens responsables vénézuéliens de trafic de drogue, et cinq jours après l’annonce par Donald Trump du lancement d’une nouvelle opération militaire navale anti-drogue dans les eaux des Caraïbes et du Pacifique, près du pays d’Amérique du Sud.

Selon l’enquête, l’« impact » de la présence des cartels mexicains sur le « territoire vénézuélien » est si grand que la ville de San Felipe a été « rebaptisée » sous le nom de « Sinaloa », en allusion à l’une des organisations criminelles les plus célèbres du pays aztèque ».

Strictement parlant, loin des principes académiques et journalistiques qui indiquent qu’une enquête doit être basée sur des informations véridiques et croisées fournies par des sources légitimes, le « bureau » d’InSight Crime vise à laisser l’opinion publique avec l’idée que l’Etat de Zulia compte « environ 400 pistes » pour qu’atterrissent et décollent des « narco-avions » destinés aux îles des Caraïbes et d’Amérique Centrale, et que le cartel de Sinaloa, auquel appartenait Joaquín El Chapo Guzmán, les a « arrangées » avec le « soutien »de l’Armée de libération nationale de Colombie (ELN). Ergo, des trafiquants de drogue mexicains alliés à une guérilla colombienne.

L’« enquête » de l’Open Society Fundations de Soros - parrainée par les gouvernements de Grande-Bretagne, d’Allemagne et de Suède par le biais de leurs ambassades à Bogotá - souligne également que les municipalités zuliennes bordant la Colombie de Jesús María Semprún, Machiques et Rosario de Perijá, sont les endroits « privilégiés » pour effectuer des échanges « de caisses pleines d’armes et de dollars, pour les envois de drogue ».

Le directeur exécutif et cofondateur d’InSight Crime, Jeremy McDermott, est un ancien officier de l’armée britannique, vétéran des conflits en Bosnie et en Irlande du Nord, qui a ensuite été correspondant de guerre dans les Balkans et au Moyen-Orient, avant de s’installer en Colombie en tant que correspondant de la BBC de Londres et du Daily Telegraph, spécialisé dans le trafic de drogue, le crime organisé et le conflit armé interne colombien.

Ce qui est inhabituel dans l’affaire, compte tenu de l’expérience de McDermott et de son codirecteur, Steven Dudley, ancien chef du bureau de Miami Herald dans la région andine, c’est que l’« enquête » ne cite aucune source spécifique. Tout au long du texte, les « éléments de preuve » qui confirmeraient ses affirmations ont été obtenues via « des éleveurs interrogés dans la région, dont l’identité sera protégée par sécurité » ; « Sources consultées par InSight Crime à Machiques de Perijá » ; « Habitants de San Felipe » (aujourd’hui « Sinaloa ») ; « Témoignages obtenus par InSight Crime sur le territoire vénézuélien » (sic).

Tout en reconnaissant que selon les données de la US Drug Control Administration (DEA), « le Venezuela n’est pas un point de transit principal pour la cocaïne destinée aux États-Unis », la soit disant enquête insiste sur le fait que l’État vénézuélien « a joué un rôle de premier plan » dans le trafic international des drogues illicites et, parmi d’autres organisations vouées à ce commerce, il aurait suscité « l’intérêt » du cartel de Sinaloa.

Il est à noter, au cours de l’enquête, que jusqu’au dernier paragraphe, il est fait référence au « flux constant de cocaïne colombienne » vers l’État de Zulia, alors qu’il est de notoriété publique que les laboratoires de transformation en drogue sont situés dans la Sierra de Perijá, sur le versant colombien et que les trafiquants descendent la cargaison à travers les rivières qui coulent le long du territoire de l’ethnie Wuayú, pour l’envoyer ensuite à destination.

La seule source citée dans l’un des derniers paragraphes de l’enquête est celle de Juan Pablo Guanipa, actuel vice-président de l’Assemblée Nationale du Venezuela, coordinateur régional du parti d’opposition Primero Justicia (fondé par Henrique Capriles, Julio Borges et Leopoldo López) dans l’État de Zulia. InSight Crime cite une déclaration de Guanipa à El Pitazo , où il a exprimé « sa préoccupation concernant la présence de cartels de la drogue dans cette région ».

Afin d’essayer de donner de la crédibilité à l’information, InSight Crime cite partiellement certains incidents qui, à l’époque, ont été signalés par les autorités vénézuéliennes, tels que la neutralisation et la mise hors d’usage en août 2019, par le Comando de Defensa Aeroespacial Integral (Codai), de deux avions chargés de drogue (en provenance de Colombie), qui tentaient de traverser l’espace aérien occidental du Venezuela et auraient appartenus soit disant au cartel de Sinaloa , et à celui d’un ancien capitaine de l’armée de l’air vénézuélienne, Gino Alfonso Garcés Vergara, qui selon des fuites policières Anti-narcotiques de Colombie et de la DEA à BLU Radio et Noticias Caracol, aurait reçu du Cartel mexicain Nueva Generación , près de 500 mille dollars pour fournir le code d’entrée aérienne aux avions , afin de ne pas envoyer les avions de combat du Codaia pour forcer l’atterrissage ou abattre les narcoavions.

Le montage d’un faux positif ?

L’enquête InSight Crime reprise dans les médias mexicains survient quelques jours seulement après que l’administration Trump ait décidé de changer le « label » du président constitutionnel du Venezuela, Nicolás Maduro, de souverain « illégitime » à ouvertement « narcoterroriste ». Et le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Robert O’Brien, a déclaré que la mission officielle de l’opération anti-drogue du Pentagone et des agences Us de sécurité et de renseignement dans la mer des Caraïbes et le Pacifique oriental est de « réduire le soutien financier au trafic de drogue qui fournit le régime corrompu de Maduro ».

Selon le général Mark Milley, chef d’état-major interarmées des forces armées des Etats-Unis, dans l’opération - qui relance la politique du Grand Baton et de la Diplomatie des Canonnières de Theodore Roosevelt, rééditée par George Bush père lors de l’invasion du Panama en 1989, ont été engagés des milliers d’hommes du corps des Gardes côtes, de l’infanterie des Marines, de l’Air Force, des Forces d’Opérations Spéciales (Bérets verts) et des agents du Département de la Sécurité Intérieure, de la DEA Anti-Drug Agency, du ministère de la Justice, des agences de renseignement et du ministère de la Défense.

Ces dernières années, le Pentagone a attaché une grande importance à la lutte idéologique dans le domaine de l’information et au rôle des médias de masse en tant qu’arme stratégique et politique. Dans ce contexte, il est essentiel d’avoir une certaine perception de la population et de maîtriser le récit de toute opération, qu’elle soit militaire ou autre, car cela rapporte d’énormes dividendes.

En ce sens, l’« enquête » sans sources d’InSight Crime rassemble les caractéristiques de ce qui est techniquement connu sous le nom de « Analyse tactique graphique interarmées », et répond aux directives de la circulaire de formation TC-18-01 du Forces d’opérations spéciales du Pentagone sur la guerre non conventionnelle. Les FSO sont constitués d’unités d’élite, d’experts en opérations de guerre psychologique, en activités clandestines, en déstabilisation, sabotage, espionnage, cyber-attaques et assassinats ciblés.

Au moment où l’humanité lutte contre la pandémie de COVID-19 et où Washington pense que les forces progressistes du monde sont démobilisées, l’administration Trump pourrait opportunément mener une opération sous « faux drapeau » qui sert de prétexte à une invasion militaire.

Et dans ce scénario, le village de San Felipe pourrait servir à monter un faux positif qui justifie l’intervention des troupes US, avec le soutien de mercenaires et des paramilitaires, dans le long couloir qui, depuis les Caraïbes et le long de 2000 kilomètres de frontière, unifie des États colombiens de La Guajira, Cesar et Norte de Santander avec les Vénézuéliens de Zulia et Táchira.

Carlos Fazio pour Rebelión

Rebelión . Espagne, 10 avril 2020. * Carlos Fazio Journaliste et analyste international uruguayen résidant au Mexique, collaborateur du quotidien mexicain La Jornada, et et l’hebdomadaire uruguayen Brecha.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora . Paris, le 14 avril 2020

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